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Parents malades: aborder le cancer avec ses enfants

Si le cancer reste encore pour beaucoup un tabou, lorsque la maladie frappe à la porte des familles, aborder le cancer avec ses enfants peut représenter un dilemme pour bien des parents. Le Parisien a consacré dans son édition du 29 mars 2024 un article sur cette question dans lequel le Dr Fanny Cohen Herlem est intervenue.

Une mère et sa fille.
Image d’illustration générée par l’IA.

Parler du cancer aux enfants, une épreuve de plus pour les parents malades

Un article de Clémence Kerdaffrec :

Après des semaines de spéculations en tous genres sur sa « disparition », la Princesse de Galles a annoncé le 22 mars avoir été diagnostiquée d’un cancer. Une nouvelle choquante qu’elle a souhaité tenir privée dans un premier temps pour le bien de sa « jeune famille ». Derrière son long silence, une profonde réflexion sur la manière adéquate d’aborder le sujet avec ses enfants, et beaucoup de discussions.

Que l’on appartienne ou non à une famille royale, parler du cancer avec ses enfants est une épreuve supplémentaire à traverser. Pour les protéger, certains parents sont tentés de dissimuler la vérité. Une mauvaise idée, selon Fanny Cohen Herlem, pédopsychiatre, autrice de « Devant la mort comment répondre aux questions des enfants », (Éd. Pascal). « Quand il y a une maladie, il ne faut jamais mentir, martèle la spécialiste. Les enfants s’en rendent compte. »

Nathalie, 51 ans, traitée depuis 2019 pour un cancer du sein agressif, aujourd’hui en rémission, peut le confirmer : « Mon fils de 12 ans a tout de suite compris. Le jour du diagnostic, il est rentré du collège et il a dit : C’est une éponge, il est très émotionnel. Il aurait été impossible de lui cacher. »

Pour Jean-Luc Aubert, psychologue pour enfants et adolescents, présentateur de la chaîne YouTube « Questions de psy», une mauvaise communication sur le sujet peut aggraver le traumatisme. « Le silence peut être davantage générateur d’angoisses. L’enfant verra bien qu’il y a une inquiétude familiale. Il va entendre des choses, en imaginer d’autres. Cela génère des malentendus et des incompréhensions. »

Choisir le bon moment et le bon ton

Alors, en parler, oui, mais il faut vraiment choisir le bon moment. « L’important, c’est de pouvoir en parler calmement », insiste Fanny Cohen Herlem. S’il n’existe pas de règles à suivre absolument, certains comportements sont à éviter. « Le ton compte : on peut parler de ce que l’on ressent, mais il faut filtrer son émotion, préconise Béatrice Copper-Royer, psychologue spécialiste des enfants et adolescents. Il faut déjà avoir digéré soi-même l’information. »

Une mission parfois impossible. En septembre 2021, tout de suite après l’annonce de sa leucémie, Caroline a dû apprendre à ses enfants de 3 et 5 ans qu’elle allait être hospitalisée pour une longue période. Mais l’irréalité de la situation lui a permis d’éviter tout débordement : « Je leur ai dit sans émotion, un peu comme un robot. J’étais spectatrice. Tout cela m’était étonnamment étranger », se souvient la maman de 46 ans, aujourd’hui en rémission.

Entre 4 et 10 ans, comparer et illustrer

Dans tous les cas, « il faut leur dire des choses simples et claires », précise Béatrice Copper-Royer, insistant sur la nécessité d’adapter le discours à l’âge des enfants. « Entre 4 et 10 ans, on n’est pas obligé de rentrer dans trop de détails », indique la psychologue. Si l’enfant n’est pas satisfait, il posera des questions.

Pour les touts petits, le cancer est une chose abstraite qu’il n’est pas forcément nécessaire de nommer. En revanche, les psychiatres recommandent de donner des exemples familiers et de comparer la situation à ce que l’enfant a lui-même vécu : une grippe, un rhume, etc. Une manière plus sensible d’évoquer les effets de la maladie qu’il ne manquera pas de remarquer. « Il faut parler de la fatigue, des changements d’humeur ou de comportement et préparer l’enfant aux absences du parent », ajoute Fanny Cohen Herlem.

Diagnostiquée d’un cancer du seinen 2021, Irène, 44 ans, a rassuré à son fils cadet : « Je lui ai dit que pendant un temps j’allais avoir mal et que je ne pourrais pas le porter, que quand on ferait des câlins il faudrait venir doucement dans les bras… » Le nom de la maladie n’a pas été prononcé tout de suite « parce qu’à l’école il y a toujours un papi ou une mamie décédé d’un cancer ».

À partir de 10 ans, ne pas minimiser

À partir de 10-11 ans, on peut employer le mot et il faut d’ailleurs, selon la psychiatre, le faire le plus tôt possible. Il peut aussi être utile d’interroger l’adolescent sur ses connaissances en la matière et de « combattre les mauvaises représentations » qui sont attachées au concept. « C’est un mot qui peut faire très peur et il ne faut pas minimiser, mais il ne faut pas non plus dramatiser. On peut rappeler que cela se soigne. »

« J’ai failli y passer des centaines de fois, mais moi, à aucun moment dans ma tête je n’ai pensé que j’allais mourir. De la même façon, je ne dis rien d’inquiétant aux enfants. Je leur ai dit que j’allais à l’hôpital pour guérir. Aujourd’hui, je vais bien, c’est le message principal. Je ne leur ai pas trop parlé des récidives. Ils ont le droit d’avoir une enfance insouciante. »

Il s’agit aussi d’adapter le discours aux réactions des enfants. « Il y a des enfants qui ne sont pas si affolés que ça », constate Béatrice Copper-Royer, et ce même quand le cancer est très grave. « Les enfants sont assez habités par l’optimisme. Ils ont une capacité à ne pas voir ce qui les embête », observe-t-elle. Certains peuvent cependant être fortement perturbés par l’annonce d’une maladie et doivent être davantage accompagnés, notamment si une rupture dans le comportement est observée : anxiété, troubles du sommeil, alimentation perturbée.

Chez les adolescents, une détresse plus difficile à identifier

« Parfois les adolescents sont assez indifférents, remarque Fanny Cohen Herlem. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne ressentent rien. Il peut s’agir d’un mécanisme de défense ». Charge aux parents et aux psychologues de réaborder le sujet si le besoin s’en fait sentir, pour faire tomber le masque, mais aussi pour « délivrer l’enfant de l’obligation de toujours faire attention ». « L’enfant a tendance, à partir de 10 ans, à vouloir assumer une place d’adulte et à devenir le parent de son parent, rappelle la pédopsychiatre. Mais il faut qu’il vive sa vie comme d’habitude. »

Mission réussie pour Carole, maman de deux adolescents, qui se bat contre un cancer du sein métastasé depuis huit ans : « Ma psy m’a dit que j’étais une bonne maman parce que mes enfants sont de vrais adolescents autocentrés. » Un égoïsme réjouissant.

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